Delphine Dauga

Delphine Dauga
Chef d’entreprise – Bioself – Marseille
Delphine travaille à Marseille, où elle y a créé sa société Bioself en 2012. 

 

 

D’où viens-tu ? Peux-tu nous dire quelques mots sur l’environnement socioculturel dans lequel tu as grandi ainsi que sur les études que tu as faites ?

Je viens d’Antibes, une jolie ville de la côte d’azur. Du coup, j’ai grandi dans une environnement riche en éducation : j’ai fait mes études à la faculté des sciences de Nice pour obtenir une maîtrise en biologie cellulaire et physiologie. Les débouchés me semblant compliqué, je me suis orientée vers la bioinformatique, secteur en devenir, et j’ai obtenu un DESS en bioinformatique à Nancy.

Quand as-tu réalisé que tu voulais faire de la Recherche ? Qu’est-ce qui t’intéressais et qu’est-ce qui t’intéresse maintenant dans ce domaine ?
L’année du baccalauréat a été une révélation ! Le programme du bac est très enrichissant et complet. Je me souviens avoir été fascinée par le fonctionnement de la mitochondrie durant cette année là ! Ma motivation première a vraiment été le savoir, essayer de comprendre comment la cellule, l’organisme fonctionne. A l’époque,  je n’avais même pas pensé que la recherche pouvait servir à quelque chose, c’était « juste » une passion.

Pourquoi es-tu restée en France pour continuer dans la Recherche scientifique ?
Que connaissais-tu sur le système de recherche en France avant de venir ? Qu’en penses-tu maintenant ?
Je suis restée en France par simple commodité. Des études à l’étranger, ça coûte cher pour les parents ! Et puis j’étais persuadée que le niveau en France était excellent. Je ne connaissais pas grand chose au système de recherche en France. On me glissait quand même que les débouchés étaient compliqués. Et je ne voulais pas galérer à trouver un emploi. J’ai hésité entre faire du contrôle qualité mais ça n’avait pas l’air très fun. La bioinformatique était pour moi un secteur prometteur : les technologies permettent de générer énormément de données, seul l’informatique peut formaliser tous ces résultats. L’intervention humaine est nécessaire pour l’analyse mais n’est pas possible à la « sortie » de ces générateurs de données. Et je ne me suis pas vraiment trompée quant à l’importance de ce secteur. Les besoins persistent à ce niveau.

Quel est ton domaine de recherche ? Où travailles-tu ? 
biotechJe suis biocuratrice. Qu’est ce que ça veut dire ? Je mets en place des stratégies pour intégrer les données de manière logique dans des bases de données, je fais en sorte que ces données soit connectées avec d’autres bases de données, qu’elles soient accessibles et compréhensibles par les chercheurs. Les données sont générées en grand flux, je fais « l’entonnoir » pour ne diffuser que celles qui pourraient faire avancer la recherche.

Je travaille actuellement à mon compte : après avoir travaillé 5 ans et 11 mois au CNRS, mon contrat n’a pas été renouvelé. S’ils le renouvelaient, ils étaient obligés de me faire un CDI… Il était donc plus logique de me mettre à la porte après m’avoir formée pendant 5 ans et 11 mois (et donc investi de l’argent) et ré-embaucher et re-former quelqu’un d’autre sur mon poste !?!? C’est une des limites du système français.

Concrètement à quoi ressemble une journée de travail pour toi ?
Je me lève, bois mon café et me re-couche quand je vois tous les impôts qu’il y a à payer ;) ;) Bon après ça je me dis, courage, faut y aller malgré tout, hein !

Donc une journée type se passe évidemment dernière mon ordinateur. Je gère actuellement plusieurs projets : je mets à jour les informations d’un institut de recherche publique, j’en profite aussi pour communiquer ces informations sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Google+). Ensuite je consacre une grande partie de ma journée à la base de donnée ANISEED, base de données qui re-groupe pleins de données sur un espèce marine (pour les curieux, me contacter en MP). Je fais beaucoup de bibliographie pour vérifier qu’il n’y ait pas de nouveaux articles dans le domaine. Si oui, je rentre les nouvelles informations dans la base de données. Je continue à faire évoluer la base de données avec le développeur informatique. Je vérifie côté utilisateur s’il n’y a pas de questions / bugs signalés. Je passe un peu de temps à l’écriture : écriture de revue, de nouveau projet, de demande de financement, etc..

Et puis je file au sport ! Ah ben non, trop tard, c’est 23h….

Es-tu intéressée pour rester en France ?
Oulà, je ne sais absolument pas. Pour l’instant je « survie » mais je ne gagne pas encore ma vie décemment. Pourtant j’ai de la demande ! Il faut que je réfléchisse peut être à augmenter mes tarifs ? Embaucher ? M’exporter ? Je n’ai pas de réponses à ces questions. D’ailleurs je n’ai même pas le temps d’y réfléchir mais il va falloir si je ne veux pas me prendre un mur…

Pour terminer, peux-tu nous donner un exemple qui pour toi montre que la Science est intéressante et peux-tu nous dire à ton avis pourquoi la Recherche est importante pour l’avenir de tout le monde?
14295312_blogLa recherche est importante pour l’avenir, mais pas de la manière dont nous la faisons en France. Les chercheurs passent plus de temps à essayer de financer leurs travaux plutôt que de faire de la recherche. Cette énergie devrait être mieux utilisée.
La recherche est liée à la société de manière « commerciale ». Les nouvelles technologies sont à l’origine de nouveaux gadgets à la mode tels que les smartphones.
La recherche est indispensable aux problèmes qui nous menacent tels que l’écologie, la médecine, etc…  Ce point là arrive malheureusement en deuxième.
La recherche fondamentale est indispensable aux recherches qui essaient de résoudre les problème d’écologie, médecine, etc… C’est elle qui supporte les fondations de la science. On les enlève, tout s’écroule ! Plus de médecine, plus d’écologie et plus de smartphones !