MM. Valls et Hollande, cessez de sacrifier le futur de notre pays sur l’autel du court terme.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre,

L’été dernier, M. Thierry Mandon, tout juste nommé secrétaire d’Etat à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche (ESR), déclarait que « les questions budgétaires étaient absolument centrales » pour l’ESR et mettait en garde: « quand on vote un budget correct, il faut appliquer le budget qui a été voté » (1), ne serait-ce que par respect pour le parlement.

Alors que la France est à la traine des pays de tête de l’Union Européenne dans le secteur de la recherche tant publique que privée (2), le projet de correctif budgétaire pour faire face à des « dépenses urgentes » rendu public la semaine dernière propose l’annulation de 256 M€ de crédits de l’ESR. Le budget de l’ESR représentant 6% du budget général de l’état, lui faire porter plus de 20% de l’effort demandé à l’ensemble des ministères montre le peu de cas que vous faites de ce secteur, déjà exsangue.

Monsieur le Président, vous déclariez pourtant il y a un mois au sujet des Universités: « Je sais de surcroit que l’augmentation continue des effectifs [étudiants] appellera bientôt des ajustements budgétaires pour y faire face. Je saurai les prescrire le moment venu. » (3). Sur la Recherche, vous déclariez il y a deux mois: « c’est aussi la Recherche française que je veux reconnaître et je veux démontrer qu’elle est la priorité de l’action que nous conduisons »(4). L’incohérence entre vos propos et l’action du gouvernement, dans l’ESR comme dans d’autres domaines, est un affront aux citoyens qui attendent constance et clairvoyance de leurs gouvernants.

Monsieur le Premier Ministre, votre formation initiale d’historien vous a appris que sacrifier le futur d’un pays sur l’autel du court terme et de l’urgence n’est pas digne d’un homme d’état : « Gouverner, c’est prévoir » (5). Mais peut-on vouloir prévoir tout en méprisant le secteur de l’Etat qui a justement pour fonctions de comprendre le monde pour anticiper ses évolutions et de préparer la jeunesse à l’avenir? Votre incapacité à intégrer le long terme dans votre action hypothèquent le futur de la France et d’une jeunesse, dont nous mesurons chaque jour le désarroi et l’inquiétude.

Alors que le quinquennat touche à sa fin, votre action dans le domaine de l’ESR se résume à la suppression d’un ministère dédié et à la poursuite cynique et sans imagination de la politique du Président précédent, qui à défaut de vision avait au moins l’honnêteté de ne pas cacher son mépris sous des paroles apaisantes.

Dans la période troublée que nous traversons, la France a besoin d’être dirigée par des hommes et des femmes d’Etat visionnaires, pas par de simples gestionnaires des affaires courantes, qui peinent à répondre à l’urgence de situations qu’ils n’ont pas su anticiper. Monsieur le Président, Monsieur le premier Ministre, nous espérons que dans un sursaut de clairvoyance et de dignité vous reviendrez sur cette annulation de crédits dédiés à la recherche et à l’enseignement supérieur.

Association Sciences en Marche.

 

1)http://www.sudradio.fr/Podcasts/L-invite-politique-Sud-Radio/Thierry-Mandon-Secretaire-d-Etat-charge-de-l-Enseignement-superieur

2) http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2016/cr2016_france_fr.pdf

3) Lettre du 21 avril 2016 au président de la Conférence des Présidents d’Université en réponse à son inquiétude budgétaire.

4) Discours d’inauguration à l’Institut Pierre-Gilles de Gennes, le 14 mars 2016.

5) Emile de Girardin, journaliste et homme politique français du 19ème siècle.

Processus de Nomination d’un nouveau PDG à l’INRA

Lettre envoyée le 8 mai 2016 aux Directeurs/trices d’unités de l’INRA

Chèr-e collègue,

Nous vous contactons pour attirer votre attention sur certains aspects troublants du processus de nomination du prochain Président Directeur Général (PDG) de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) qui doit avoir lieu d’ici l’été. Le mandat du PDG actuel, F. Houllier, arrive en effet à échéance le 27 juillet.

L’INRA est un Etablissement Public Scientifique et Technologique (EPST) sous double tutelle des ministères en charge de l’Agriculture et de la Recherche. La procédure de nomination de son PDG est un processus complexe, récemment réformé pour théoriquement en renforcer la transparence. Il commence par un avis de vacance pour susciter des candidatures. Ces candidatures sont examinées par un comité ad hoc, nommé par les cabinets des ministères de tutelle. Le candidat pressenti par ce comité est proposé par le Premier Ministre au Président de la République. L’Assemblée Nationale et le Sénat doivent finalement auditionner le PDG pressenti et valider ce choix.

Du fait de la longueur du processus, l’avis de vacance aurait normalement dû être publié mi avril pour permettre une prise de fonction fin juillet. A ce jour rien n’est paru et la presse s’est faite écho du désir du Ministre de l’agriculture que son directeur de cabinet, Philippe Mauguin – qui joue normalement un rôle important dans le processus de sélection – soit nommé PDG de l’INRA (1). Ni P.Mauguin, compagnon de route de longue date de Stéphane Le Foll, ni le Ministre n’ont démenti cette information.

Si ces informations s’avéraient exactes, elles posent le problème de la transparence du processus de sélection du PDG de l’INRA, et de la pratique inadmissible du parachutage de conseillers ministériels dans des structures sensées servir l’intérêt général et non l’ambition de quelques loyaux serviteurs politiques. Enfin, elles posent le problème des qualifications nécessaires pour assurer la présidence d’un organisme de recherche publique mondialement renommé

Cette fonction a toujours été occupée par un chercheur. La pratique de la recherche scientifique, sanctionnée par un doctorat, est en effet nécessaire pour assurer la crédibilité de l’INRA sur la scène internationale. Les représentants des organismes de recherche étrangers avec lesquels le PDG doit interagir fréquemment sont tous des chercheurs. Le poste de PDG de l’INRA requiert également une vision des enjeux scientifiques, particulièrement riches dans le secteur de l’agronomie en ce début de 21ème siècle, qu’il est difficile d’acquérir sans une culture scientifique suffisante et une profonde expérience de la recherche. Pour assurer pleinement cette mission difficile, il est donc primordial que le candidat ait en plus d’une très bonne connaissance du monde agricole, une longue expérience de recherche et une expérience internationale reconnue.

1 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/04/09/20002-20160409ARTFIG00007-stephane-le-foll-verrait-bien-son-directeur-de-cabinet-a-la-tete-de-l-inra.php ; http://www.pressreader.com/france/le-journal-du-dimanche/20160410/281689728969262

Enquête directeurs laboratoire 2015

Recherche publique en France : le point de vue des directrices et directeurs de laboratoires

Cette enquête a été conduite en ligne entre les 15 octobre et 15 novembre 2015 auprès de plus de 2000 directrices et directeurs de laboratoires publics contactés individuellement par courriel. 365 laboratoires, regroupant plus de 35000 personnels de la recherche ont répondu à l’enquête.

Globalement, les réponses révèlent un très haut niveau d’inquiétude chez les directeurs, qui décrivent un système en crise : sous-effectif de personnels de soutien et de recherche, sous-financement, réglementation administrative tellement rigide et inadaptée à l’activité de recherche académique que même les laboratoires bien financés sont en souffrance.

Les souhaits majeurs exprimés par les directeurs sont:

•Une simplification majeure des règles administratives régissant le domaine de la recherche publique
•Une augmentation des recrutements titulaires à tous les niveaux de qualification
•Une amélioration des perspectives professionnelles hors ESR pour les personnels contractuels, en particulier les docteurs
•Un accroissement de l’investissement de l’état dans le secteur, et une profonde réforme des modes de financement des laboratoires

En parallèle des ces inquiétudes et souhaits communs, des différences importantes apparaissent entre disciplines et entre tutelles, qui devront être prises en compte dans la nécessaire  remise à niveau de ce secteur crucial pour la société française et son économie.

Télécharger les résultats de cette enquête:

Communiqué de presse
Synthèse des réponses
Fichier brut des réponses au format csv

Simplification de l’ESR: notre point de vue sur les appels à projet

Le choix politique des gouvernements successifs de ces dernières années en matière d’enseignement supérieur et de recherche a été de réduire les dotations récurrentes au profit de financements sur projet. Ce modèle, inspiré du fonctionnement anglo-saxon, a été imposé pour introduire une logique de concurrence entre les laboratoires, au nom de « l’excellence » et de « l’attractivité » de la recherche. Ce choix idéologique ne se trouve étayé par aucune étude indiquant un réel manque d’efficacité de la recherche scientifique française avant l’introduction de ces réformes. Cette “course aux projets” contraint l’ensemble des personnels à consacrer une part de plus en plus importante de leur temps à (i) la recherche de financements à un nombre toujours plus important de “guichets” ou “agences de moyens” (ANR, IDEX, LABEX etc.) et (ii) à introduire un grand nombre de contraintes administratives liées à la gestion de ces différents projets (rapports intermédiaires, fiche de temps etc.). Ce mode de financement favorise et généralise le recours à l’emploi contractuel, dont les proportions atteignent près de 50% des personnels dans certains instituts du CNRS. Enfin, le financement sur projet, parce qu’il est de court terme, va contre l’idée d’une recherche fondamentale de long cours, et contraint les chercheurs à segmenter une problématique en une somme de “projets”.

Pour Sciences en Marche, la simplification doit donc passer par une réduction du nombre d’appels à projets (limiter les guichets), une augmentation des financements récurrents des laboratoires et du recrutement de personnels statutaires. Un telle politique aurait les effets de simplification suivants :

- Cela réduira l’emploi contractuel dont les effets sur les carrières des jeunes chercheurs, ingénieurs et techniciens sont délétères.

- Cela diminuera le temps passé par les chercheurs à rédiger et évaluer les appels à projets et leur permettra de réfléchir à leurs projets sur le long terme.

- Cela réduira les charges administratives pesant sur les chercheurs et gestionnaires.

- Cela permettra d’utiliser l’argent public de manière plus efficace: en effet, le coût de l’évaluation des dossiers par l’ANR, par exemple, est estimé à 30% du montant distribué[1].

[1] http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22852/les-avis-du-conseil-superieur-de-la-recherche-et-de-la-technologie-c.s.r.t.html

Enquête sur la précarité dans l’ESR

On estime qu’entre 40000 et 70000 contractuels travaillent dans l’enseignement supérieur et la recherche  (ESR). Ce sont nos collègues, nous les côtoyons tous les jours, sans elles et eux nos labos et nos universités ne pourraient pas tourner. Nombre d’entre eux sont pourtant dans des situations personnelles difficiles, voire critiques. Sans une connaissance détaillée des parcours et des fonctions des contractuels vacataires ou en CDD, il est impossible de cibler des mesures adaptées et d’établir des priorités. Le dernier panorama de l’emploi contractuel dans l’ESR a été dressé par l’intersyndicale de l’ESR il y 6 ans (http://www.precarite-esr.org/spip.php?article3).

L’association Sciences en Marche (SeM) a lancé  une enquête afin de donner un visage à la précarité dans l’ESR.  Notre cible est de recueillir plus de 10000 réponses pour que cette enquête et ses résultats soient incontournables. De la réussite de ce sondage dependra notre capacité à établir une cartographie réaliste de la précarité et à convaincre le gouvernement de  la résorber.

L’enquête est anonyme et prend une quinzaine de minutes (http://www.sciencesenmarche.org/limesurvey/index.php/619976?lang=fr). Elle  s’adresse à toute personne en CDD ou vacataire (post-docs, ingénieurs, techniciens, administratifs, agents techniques, etc…) ou l’ayant été dans un passé récent.

Nous sommes tou-te-s débordé-e-s de travail, de taches administratives, de sollicitations de tous types. Mais les quelques minutes que vous prendrez peuvent faire une différence. Faites le pour vous, et pour tou-te-s celles et ceux qui sont dans des situations critiques.

N’hésitez pas à faire suivre ce message à vos connaissances dans et hors l’ESR: nous cherchons aussi à recenser le devenir des ancien-ne-s contractuels de l’ESR maintenant salarié-e-s dans le privé ou dans d’autres administrations, ainsi que celles et ceux qui sont au chômage ou pire en fin de droits.

 

Appel à la mobilisation : De l’ambition pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Non à l’austérité

Sntrs-CGT, Snesup-FSU, Sncs-FSU, Snasub-FSU, Snep-FSU, Sgen-CFDT, Sgen-CFDT Recherche EPST, SNPTES, Sup’Recherche-UNSA, UNSA ITRF-BI-O, SUD Recherche EPST, Sciences en Marche, UNEF, Solidaires Etudiant-e-s, FAGE

L’austérité continue d’affaiblir le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche
Le désengagement financier de l’Etat depuis plusieurs années dans le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche enfonce les établissements dans une crise budgétaire de plus en plus profonde. Les nombreux recours aux appels d’offre combinés à une insuffisance des moyens investis par l’Etat accélèrent la mise en place d’un service public à deux vitesses.

Une jeunesse sacrifiée par le manque de moyens
Le nombre de personnes souhaitant suivre des études supérieures est en  constante augmentation (+25000 par an depuis 2000, et même +65000 en 2015, soit l’équivalent de 3 universités de taille moyenne du fait de la pression démographique). Or, nombre d’établissements n’ont plus les moyens de les accueillir dans des conditions satisfaisantes et se voient poussés à limiter drastiquement leurs capacités d’accueil. L’accès aux études supérieures est désormais régi par la loi du plus rapide, par le tirage au sort, voire par une sélection qui se cache de moins en moins même à l’université. Le manque de moyens affecte directement les conditions d’études des étudiants : amphithéâtres bondés, fermetures d’option ou de filières entières, taux d’encadrement en baisse, etc.
La situation est urgente : le taux de réussite des étudiant-e-s (46,2% en première année), qui ne cesse de baisser, est une conséquence directe des coupes budgétaires des établissements. Cette sélection qui ne dit pas son nom remet en cause, l’avenir de la jeunesse.

Des conditions de travail inacceptables pour les personnels
L’emploi est également sacrifié dans l’enseignement supérieur et la recherche pour pallier au manque de moyens. Alors que les besoins en termes de recherche et de formation sont tangibles, les suppression et gels de postes rendent l’accès à l’emploi scientifique de plus en plus difficile.
La précarité des personnels atteint un niveau insupportable : les laboratoires fonctionnent avec 30% à 60% de personnes en CDD. Les salaires stagnent, les mutualisations et la mise en concurrence des agents aggravent encore leurs conditions de travail.

Se mobiliser pour obtenir un réinvestissement dans l’enseignement supérieur et l’emploi scientifique
Une autre politique est possible, à condition de faire d’autres choix. Dans l’immédiat, le budget 2016 alloué à l’enseignement supérieur et la recherche doit être en nette progression par rapport à celui de 2015 pour garantir un financement pérenne et suffisant des établissements. Seul un investissement public accru, permis par la remise à plat de dispositifs d’exonération fiscale tels que le Crédit Impôt Recherche, permettra de sortir le Service Public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de l’asphyxie.

A l’occasion de la Fête de la science (du 5 au 11 octobre) et de la manifestation nationale du 16 octobre, les organisations syndicales de personnels, d’enseignants et d’étudiants se joignent à l’association Sciences en Marche pour mobiliser autour de leurs revendications :
⁃    Des créations d’emplois (enseignants, chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs) pour résorber la précarité et répondre aux besoins des établissements
⁃    Une amélioration des salaires et des conditions de travail, ainsi que le dégel du point d’indice des fonctionnaires
⁃    Une augmentation substantielle des dotations d’état aux laboratoires et établissements d’enseignement supérieur pour améliorer les conditions de travail, d’études.
⁃    Le refus de toute sélection à l’entrée de la licence, et un investissement à destination de l’accueil et la réussite des étudiant-e-s.
⁃    Une meilleure reconnaissance des diplômes universitaires et en particulier du doctorat, au sein des fonctions publiques et des entreprises.

L’enseignement supérieur et la recherche publics sont un investissement indispensable  pour l’avenir : ils répondent au besoin de formation de la  société et contribuent aux enjeux actuels.

Agissons lors de la Fête de la science du 5 au 11 octobre
Manifestation nationale le 16 octobre 2015 à 14 heures de Jussieu à Bercy

Lettre aux inscrits N°10

Bonjour,

Deux mois se sont écoulés depuis le dernier message aux inscrits de Sciences en Marche. Deux mois d’été pendant lesquels nous n’avons pas chômé. Cette lettre vous présente le bilan de notre activité de l’année passée et le programme des actions prévues pour cet automne, des actions qui ne peuvent avoir un impact que si nous sommes nombreux à y participer. Ces actions ont aussi été conçues pour que vous puissiez tous participer à au moins l’une d’entre-elles. Les points abordés dans la lettre:

1 Les résultats catastrophiques de l’appel d’offre générique de l’ANR

2 Les actions prévues cet automne,

*Les marches en région *La Fête de la science, le OFF de Sciences en Marche *Les manifestations *En un CLIC sur notre site

3 Appel à don

4 Le bilan de Sciences en Marche cette année

*La bataille pour un meilleur encadrement du Crédit d’Impôt Recherche: du progrès *Les contacts avec les politiques *Le nouveau secrétaire d’état, à première vue plus à l’écoute de la communauté académique, reçoit Sciences en Marche *Un avant-goût des mobilisations : Sciences en Marche à l’ascension du Mont-Blanc

Bonne lecture et surtout, à très bientôt dans les rues. L’arrivée du nouveau secrétaire d’Etat montre que le gouvernement est obligé de tenir compte des mobilisations du monde académique, et que les lignes commencent à bouger ; à nous d’amplifier ce mouvement et d’en canaliser la direction.

1-Les résultats catastrophiques de l’appel d’offre générique de l’ANR

Les résultats de l’appel d’offres générique de l’Agence Nationale de la Recherche sont tombés fin juillet et le taux de succès est, pour la deuxième année consécutive, inférieur à 10%, un niveau insoutenable qui place de nombreux laboratoires et équipes dans une situation financière insurmontable. Mais faut-il pour autant augmenter le taux de succès en augmentant le budget de l’ANR? Outre qu’il y a un large consensus pour dire que l’ANR marche mal, près de la moitié des crédits distribués dans le cadre de l’ANR et des programmes d’investissements d’avenir est utilisée pour recruter des chercheur-e-s, ingénieur-e-s, technicien-ne-s, administratifs sur contrats à durée déterminée, contribuant largement à l’explosion actuelle de la précarité dans notre secteur. L’augmentation significative des crédits récurrents et des postes statutaires ITAs et chercheurs que nous demandons, aurait comme effet de limiter l’emploi contractuel à un niveau acceptable, tout en augmentant le taux de succès de l’ANR en diminuant le nombre d’équipes demandeuses. Il est intéressant de constater que le pays ayant inspiré le modèle de financement principal de la recherche sur contrats, les Etats-Unis, remet actuellement en question ce système et propose, parmi les pistes, d’augmenter le nombre de chercheurs statutaires dans les laboratoires.

Notre analyse des résultats de l’ANR a donné lieu à un communiqué de presse sur l’ANR.

Depuis ce communiqué, Sylvestre Huet à Libération a fait état sur son Blog {Sciences}2 de plusieurs démissions au sein de l’ANR (l’ANR, le ministre et les démissionnaires) dont celle rendue publique du président du comité de Physique sub-atomique, Science de l’Univers, Structure et histoire de la Terre. Les problèmes de financement et de fonctionnement de cette coûteuse agence sont symptomatiques des dérives d’un système qui repose trop fortement sur le financement par projet.

2-Les actions prévues cet automne
Les marches en région

Comme l’année dernière, le départ des actions Sciences en Marche de l’automne sera donné au Pic du Midi, le dimanche 4 octobre : pour les cyclistes, départ de Bagnères de Bigorre à 10h, et pour tous pique-nique au col du Tourmalet à 12h puis randonnée pédestre jusqu’au sommet.

Si vous désirez organiser une action dans votre région ce week-end du 3-4 octobre ou le suivant, dites le nous!

La Fête de la Science, le OFF de Sciences en Marche du 5 au 11 octobre 2015

Il s’agit d’aller à la rencontre du public pour expliquer l’importance des sciences dans nos sociétés, et la passion qui nous anime, mais aussi pour montrer que les sciences ne sont pas à la fête!

Les formules adoptées dépendent des villes. Clermont, Lyon, Montpellier, Paris, Strasbourg et Toulouse sont déjà avancés dans l’organisation et vous retrouverez leur programme sur la page web des comités de chacune de ces villes. Il n’est pas trop tard pour organiser une action ponctuelle mais visible dans votre ville si cela n’est pas encore fait (notamment à Bordeaux, Grenoble, Lille, Marseille, Nancy, Nice, Paris Sud, Tours, dans le Finistère et à Roscoff où nous avons beaucoup d’inscrits).

Le samedi 10 octobre verra la mise en place de débats, d’apéritifs citoyens, de flashmobs militants et de marches locales.

Les manifestations
  • Nous appelons à participer à la journée nationale interprofessionnelle du jeudi 8 octobre contre la politique d’austérité puisque c’est à elle que nous devons, de l’aveu même de notre secrétaire d’Etat, le refus du gouvernement de donner à l’ESR les moyens dont nous avons besoin pour accomplir nos missions.
  • Le vendredi 16 octobre: Journée nationale sur l’ESR en partenariat avec l’intersyndicale. Un cortège important est prévu sur Paris, des bus seront affrétés localement, là où les moyens sont disponibles. Là encore, contactez vos comités locaux.
  • Nous nous inviterons aux débats budgétaires qui auront lieu en novembre et décembre à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Mais, là, chuuuut, les actions de masse prévues resteront secrètes jusqu’au dernier moment. Tout ce que nous pouvons vous dire est que ce sera militant, convivial et visible. N’hésitez pas d’ailleurs à nous envoyer des idées pour compléter les nôtres !
En un CLIC sur notre site

A REMPLIR: Nous avons réalisé deux questionnaires en ligne visant à établir un état des lieux de la précarité dans l’ESR et de l’avis des directrices/teurs de structures de recherche sur la situation dans les laboratoires. Le but est d’avoir des éléments d’information précis et chiffrés lors des discussions avec les politiques et le public.

Le formulaire en ligne sur la précarité sera disponible ici dans quelques jours. Encouragez les collègues concernés autour de vous à le remplir! Du nombre de réponses dépendra la crédibilité des analyses des résultats de ce questionnaire.

Le questionnaire aux directrices et directeurs de structures leur sera envoyé directement dans les jours qui viennent.

A SIGNER: Nous sommes signataires de la pétition citoyenne initiée par l’Intersyndicale ESR « l’emploi scientifique et l’enseignement supérieur, des objectifs prioritaires » que vous pouvez lire et signer ici. Plus de 2000 personnes l’ont déjà signée, ajoutez votre signature et faites signer autour de vous: les signatures du public sont particulièrement importantes et pourront être collectées lors du OFF de la Fête de la Science.

A VOS PLUMES: Léo Szilard, entre autre l’un des initiateurs de la création du Laboratoire européen de biologie moléculaire dont la bibliothèque porte son nom, nous a inspiré par sa fiction visionnaire « les Dauphins », nous vous proposons de publier de courtes nouvelles littéraires sur notre travail quotidien, une façon ludique d’attirer l’attention du grand public sur notre passion pour les sciences et les difficultés que nous rencontrons. La première de ces nouvelles est ici. Soumettez-nous vos nouvelles.

A TELECHARGER, AFFICHER, DISTRIBUER: Vous pouvez trouver des tracts et affiches en libre service sur notre site ici.

3- Appel à don

Nos actions ont un coût, que nous essayons de maintenir au plus bas niveau possible. N’hésitez pas à y contribuer par un don à la hauteur de vos moyens, online ou par chèque à l’ordre de Sciences en Marche (à envoyer à Frédérique Brockly, IGMM, UMR5535, CNRS, 1919 route de Mende, 34293 Montpellier cedex 05) ou par virement bancaire (Sciences en Marche, IBAN : FR76 3007 7041 4928 8850 0020 032; BIC : SMCTFR2A).

4- Le bilan de Sciences en Marche cette année

Grâce à la mobilisation de l’automne 2014 les sciences et la place du monde académique dans la société sont redevenues un thème politique et Sciences en Marche a acquis une visibilité qui nous a permis d’influer sur plusieurs fronts.

La bataille pour un meilleur encadrement du Crédit d’Impôt Recherche: du progrès.

Une délégation de Sciences en Marche avait été auditionnée en mars par la commission d’enquête sénatoriale sur « la réalité du détournement du crédit d’impôt recherche de son objet et de ses incidences sur la situation de l’emploi et de la recherche dans notre pays » (sic) (voir la lettre aux inscrits n° 8). Les travaux de cette commission se sont terminés le 9 juin par le rejet par la Commission du rapport établi par la sénatrice Gonthier-Maurin (PC). Le rejet d’un tel rapport est un évènement exceptionnel (le premier cas depuis près de vingt ans), qui illustre la nervosité des parlementaires sur ce sujet. La programmation par France 2 d’un documentaire sur l’existence de filiales fantômes permettant à Renault d’accroitre ses créances CIR (documentaire que Renault a décidé de pas contester devant les tribunaux) et le rapport de SeM semblent avoir joué des rôles importants dans l’enterrement de ce rapport et des compte-rendus d’auditions par la commission. Nous avons publié une tribune dans le supplément Sciences et Techno du Monde du 22 juin qui présentait notre analyse de ce fiasco. Vous pourrez la retrouver ici.

Depuis quelques semaines, la situation semble enfin évoluer. Le désir de Thierry Mandon de conditionner l’octroi du CIR à la création d’emplois de docteurs en entreprise se retrouve dans le rapport sur le Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur publié début septembre. C’est le premier document officiel, signé de deux ministres, qui propose une modification de ce dispositif.

Mais il a aussi été suggéré qu’une partie de l’argent du CIR pourrait retourner dans les caisses de Bercy sans pour autant abonder le budget de l’ESR. A nous de maintenir, par nos actions publiques, la pression pour que la question du CIR ne soit pas escamotée lors des discussion budgétaire, que des amendements de réforme du dispositif soient déposés et adoptés et que le budget de l’ESR soit abondé par le supplément de recettes engendré par la réforme du CIR.

Les contacts avec les politiques

Comment influer dans le débat politique? La forte mobilisation de la communauté académique de l’automne dernier nous a permis de nous faire entendre dans le débat sur le CIR et de commencer à réfléchir avec nos soutiens politiques aux meilleurs moyens d’influer, en parallèle des mobilisations publiques, sur le débat parlementaire. Il en ressort d’une part que la majorité des parlementaires ont une culture scientifique superficielle qui ne leur donne pas une perception suffisante des enjeux scientifiques, et les rend vulnérables aux actions de lobbying, industriel notamment. Il est donc important d’expliquer notre travail, son organisation et son impact sociétal et économique aux groupes parlementaires. Elen Riot (SeM Reims) a ainsi participé à l’université d’été d’EELV, plusieurs parlementaires et plusieurs responsables politiques contactés au cours de l’été nous recevrons à l’automne.

Le nouveau secrétaire d’état, à première vue plus à l’écoute de la communauté académique, reçoit Sciences en Marche

Suite à la démission de Geneviève Fioraso, et après trois mois de vacance à la tête de l’Enseignement supérieur et la Recherche, Thierry Mandon a été nommé Secrétaire d’Etat à l’ESR le 17 juin 2015.

Thierry Mandon a une formation de juriste et sociologue. Il connait bien les problématiques de mille-feuille administratif, de par ses fonctions précédentes de secrétaire d’état à la simplification de l’état. Il a été président du Génoscope à Evry, et rapporteur du budget ESR 2013. En 2014, il a permis l’organisation au sénat d’une réunion organisée par les pétitionnaires « anti-Fioraso ». C’est donc un homme politique qui connait le monde académique et sa situation actuelle. Si le cabinet de G. Fioraso a été reconduit, il a été élargi à deux figures du monde académique: Bertrand Monthubert, président de Toulouse 3, et Pascale Laborier, professeure de science politique à Nanterre et première signataire de la pétition citée plus haut.

Nous avons publié une lettre ouverte à Thierry Mandon, relayée par le Blog {Sciences}2 de Sylvestre Huet à Libération où nous dressions un constat sans concessions de l’état de l’ESR et des mesures qui s’imposent. Suite à cette tribune, nous avons été invités à échanger avec le secrétaire d’Etat et son équipe, un entretien dont vous trouverez le compte rendu sur le site de SeM.

Lisez-le, vous verrez que le discours a changé à la tête de l’ESR, que le secrétaire d’Etat ne conteste pas notre analyse, et qu’il affirme vouloir trouver des solutions à court terme au problème urgent de la précarité dans notre domaine de recherche. Ce qui est envisagé inclut la création de postes statutaires en anticipation des départs en retraite des années à venir, une CDisation accrue dans les grands sites universitaires, une réflexion sur le recrutement contractuel dans le cadre de contrats ANR/Programmes d’Investissements d’Avenir, un conditionnement du Crédit d’Impôt Recherche à l’emploi de docteurs dans les entreprises privées, et une réflexion sur l’emploi des docteurs dans les fonctions publiques hors ESR. Ces intentions sont certes la marque d’une volonté de montrer qu’on nous écoute, mais restent pour le moment… des annonces qui devront être rapidement confortées par des mesures concrètes. Le problème de l’application souvent paranoïaque des lois Sauvadet et Le Pors par les organismes de recherche n’a pas trouvé de réponse. Et la question des moyens nécessaires à leur application complète reste entière.

Le secrétaire d’Etat affirme vouloir se battre pour le budget de l’ESR, et l’issue de la bataille budgétaire sera un test crucial de notre capacité à faire bouger le gouvernement et de la volonté gouvernementale de changer de cap en matière d’ESR. Si Thierry Mandon estime que plusieurs milliards d’euros sont nécessaires rien que pour mettre en état l’immobilier universitaire, il n’a pas été question du plan à 2 milliards d’euros annuels que nous estimons nécessaire pour redonner une attractivité aux carrières scientifiques dans l’ESR, et pour renforcer les budgets récurrents des laboratoires et des universités. Ces décisions sont du ressort du premier ministre et du Président, et c’est donc eux que notre mobilisation doit amener à changer de cap.

Les actions de l’été: Sciences en Marche au sommet de l’Europe.

Dans la tradition de combiner des actions revendicatrices avec des actions sportives plus symboliques, nous avons déployé des banderoles sur le parcours du Tour de France.

Le jour où nous étions reçus par Thierry Mandon, un groupe de 8 SeMien-ne-s de disciplines et de villes différentes, réunies par un commentaire dans notre sondage de fin de printemps se lançait à l’assaut du toit de l’Europe. Vous pourrez trouver le compte rendu de l’ascension et de splendides photos sur notre site.

Si vous désirez organiser une action, même symbolique, qui permette à la fois de renforcer la cohésion au sein de la communauté académique et de donner une image dynamique des scientifiques, n’hésitez pas à nous en faire part : nous la relaierons avec plaisir auprès de nos contacts.

Appel : l’emploi scientifique et l’enseignement supérieur, des objectifs prioritaires

Les enjeux majeurs pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) pour les années à venir sont le financement public et les emplois permanents. Depuis 10 ans, l’effort budgétaire pour l’enseignement supérieur et la recherche de la France s’est profondément dégradé au regard de celui de la plupart des autres pays développés. Le nombre d’étudiant-e-s augmente alors que les capacités d’accueil diminuent et que des filières et des services ferment. Il est temps d’infléchir cette politique. Pour cela, nous souhaitons intervenir dans le débat public sur l’utilisation des moyens de l’Etat pour le développement de la recherche et de l’enseignement supérieur au niveau national. Des personnalités scientifiques et syndicales ont cosigné un appel pour que le budget 2016 du service public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche soit en nette progression par rapport à celui de 2015. En mesurant les enjeux pour l’avenir de la recherche et de l’enseignement supérieur ainsi que pour toute une génération de jeunes, nous vous invitons à signer et faire signer cet appel.

Adresse du site :

http://www.urgence-emploi-scientifique.org/appel2015

Communiqué de presse 4 septembre 2014

Sciences en Marche porte ses revendications aux sommets

 A l’occasion de la nomination de M. Mandon au poste de secrétaire d’état en charge de l’ESR, Sciences en Marche (SeM) a interpellé ce dernier par le biais d’une lettre ouverte. Faisant suite à cette lettre, M. Mandon a reçu une délégation du collectif le 26 aout au ministère de l’ESR. Le même jour, dans la tradition des actions originales et sportives de SeM, une autre délégation s’est rendue au sommet du Mont Blanc pour porter les couleurs du collectif. Une ascension emblématique (voir le récit détaillé ici) à plus d’un sens : non seulement ce sommet bénéficie d’une aura certaine, mais il est aussi l’objet permanent d’études scientifiques. Rien ne peut arrêter la quête de connaissance scientifique, pas même la haute montagne et les conditions peu humaines qui y règnent.

 Dans des conditions moins glaciales que prévues, la délégation parisienne a pu constater, lors de son entretien avec M. Mandon, un certain changement …de ton, puisque ce dernier a reconnu la gravité de la situation dans l’ESR, ce qui n’était pas le cas lors des entretiens avec Mme. Fioraso. Quelques mesures d’urgence ont été discutées par M. Mandon axées en particulier sur la précarité dans nos métiers (voir notre rapport détaillé). Il prévoit notamment une anticipation sur les départs en retraite dans les organismes de recherche, ce qui permettrait de maintenir le nombre de postes mis au concours dans les années qui viennent, et préconiserait une CDIsation plus importante au sein des universités/COMUEs. M. Mandon a également indiqué vouloir “drainer” sur le crédit impôt recherche sans remettre en cause fondamentalement cette niche fiscale ni donner plus de détails sur le mécanisme qui sera proposé. Rappelons que le CIR profite aux entreprises à hauteur de 6 milliards d’euros et SeM a largement contribué à dénoncer les dérives de son utilisation.

A quand le dégel ?

Si ces annonces ont le mérite d’envoyer un signal positif vers la communauté, aucune n’est, aux yeux de SeM, à la hauteur de la gravité de la situation. Pour Sciences en Marche, un investissement supplémentaire d’au moins 2 milliards d’euros annuels sur une période de 10 ans, dédié pour moitié à la mise en place d’un plan pluriannuel d’emploi statutaire et pour moitié à une augmentation des dotations d’état aux universités et organismes de recherche est nécessaire. A ce jour, il n’est toujours pas question d’un tel plan. Pour cette raison, le collectif reste mobilisé en cette rentrée académique et organisera sa Fête de la Science, en OFF et une grande manifestation le 16 octobre (plus de détails à venir sur notre site).

Informations supplémentaires

Sciences en marche est un collectif d’acteurs du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) de toutes disciplines, créé au printemps 2014 et dont l’objectif est de lutter contre les dérives qui menacent aujourd’hui ce secteur. Ce collectif s’est illustré par ses actions originales alliant vulgarisation scientifique et démarche militante, dont l’organisation en octobre dernier d’une grande marche à travers la France, qui a permis de remettre les thématiques de l’ESR au coeur du débat politique. De nombreuses actions sont prévues cet automne en préparation de la discussion du projet de loi de finances 2016 et autour de la COP21, une conférence dont les enjeux scientifiques sont aussi importants que les enjeux diplomatiques.

Une délégation de Sciences en Marche reçue par le Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Supérieur et la Recherche

Suite à la publication de notre lettre ouverte à Thierry Mandon en début d’été[1], une délégation de Sciences en Marche a été reçue mercredi 26 août 2015 par le secrétaire d’état à l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) et une partie de son équipe[2].

À son invitation, nous avons brièvement présenté notre analyse de la situation actuelle de l’ESR en insistant sur les conséquences de la politique des dernières années, qui a fortement augmenté la part des financements contractuels via l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et les Plans d’Investissements d’Avenir (PIA), sans accroissement sensible de l’effort financier de l’état. Ce constat a conduit à une discussion sur les moyens de résoudre certains des problèmes les plus urgents, la précarité notamment.

Le constat de Sciences en Marche

Cette politique a conduit simultanément à une forte baisse des recrutements sur postes statutaires et à l’explosion de l’emploi en CDD de chercheurs et de personnels techniques et administratifs dans les universités et organismes de recherche. Les personnels contractuels constituent souvent plus de 30% de la main d’oeuvre et ce sont au total plus de 40000 personnes (hors contrats doctoraux), souvent hautement qualifiées, qui à l’issue de quelques années passées dans l’ESR doivent le quitter, au moment où elles sont pleinement formées et efficaces. Du fait de la mauvaise reconnaissance des formations par la recherche, du doctorat notamment, dans les fonctions publiques hors ESR et les entreprises privées, une part importante de ces personnels se trouve actuellement dans une situation de précarité inquiétante[3].

La situation dans les universités est particulièrement préoccupante tant elle semble en décalage avec la volonté gouvernementale d’amener 50% d’une classe d’âge à un diplôme universitaire. Les locaux sont souvent vétustes[4], les capacités d’accueil insuffisantes conduisent à l’organisation de tirages au sort lors des inscriptions en première année[5]. La politique de fléchage préférentiel des ressources vers un petit nombre d’universités via les PIAs parait incompatible avec la volonté de donner accès aux études supérieures à chaque bachelier.

Les réformes récentes ont de plus conduit à un empilement de structures qui en compliquent la gestion. Les fortes incitations aux fusions ou regroupements d’universités, sous prétexte de visibilité internationale semblent oublier que les universités au sommet du classement de Shanghai sont petites mais très richement dotées[6], alors que l’université américaine accueillant le plus grand nombre d’étudiants se situe dans les profondeurs du classement[7]. Enfin, la pérennité de nombreuses infrastructures créées par les PIAs est mal assurée, aucun recrutement n’étant prévu pour la seconde phase des projets.

La situation professionnelle des docteurs en France tranche avec le reste des pays de l’OCDE. Alors que le doctorat ouvre les portes des postes à responsabilités dans les entreprises et les administrations de la plupart des pays, les compétences des docteurs peinent à être reconnues hors de l’ESR dans notre pays. Ce problème de manque de reconnaissance, ancien, est actuellement exacerbé par le tarissement des postes dans l’ESR. Les incitations fiscales très généreuses à l’emploi des docteurs dans le Crédit Impôt Recherche (CIR) ne suffisent pas à changer significativement une situation qui résulte de la méconnaissance des formations par la recherche par des décideurs souvent issus des grandes écoles.

Enfin nous avons souligné que les aides publiques annuelles à la recherche privée (CIR) sont passées depuis 2007 de 1,7 milliards à plus de 5 milliards d’euros, alors que l’effet de cette créance sur l’emploi scientifique et l’investissement propre en recherche des entreprises reste décevant[8].

Les réactions du Ministre

À la différence de sa prédécesseure, le Ministre ne conteste pas l’ampleur des difficultés qui se sont accumulées dans l’ESR et partage largement le constat qui lui est présenté. Il désire apporter des réponses rapides et pragmatiques, dans la limite de l’étendue de ses prérogatives, et souhaite consulter et associer la communauté académique à cette démarche.

Comme nous, il constate qu’il y a un déficit important de chiffrage, et que ce déficit nuit à la construction d’un état des lieux précis de l’ESR, incluant une analyse détaillée des budgets consolidés, récurrents et contractuels, des laboratoires et universités mais aussi une meilleure connaissance du profil des contractuels et de leur situation professionnelle. Il prône une approche scientifique de la collecte et de l’analyse des chiffres, et semble prêt à y associer la communauté académique.

Thierry Mandon est conscient du déficit de financement de l’ESR, et de la nécessité d’assurer un budget renforcé sur la durée. Il estime que l’investissement immobilier nécessaire serait à lui seul de l’ordre de plusieurs milliards d’euros sur 10 ans. Il se prépare à défendre le budget de l’ESR cet automne lors de la discussion du projet de loi de finances 2016.

Il est conscient de l’étendue des problèmes causés par le recours excessif à l’emploi contractuel dans l’ESR et réfléchit avec son équipe à un faisceau de mesures visant à résorber la précarité à court terme. Parmi les pistes, une anticipation sur les départs en retraite à venir dans les prochaines années, une CDIsation plus importante au sein des universités/COMUEs et une réflexion sur la pertinence des emplois contractuels dans le cadre de l’ANR et les PIAs. Ces discussions sont restées trop imprécises pour en estimer la portée éventuelle. Pour Thierry Mandon un bilan des deux premiers PIAs, dont la mise en place a souvent été imposée aux organismes et qui ne peuvent en assurer la pérennité, est nécessaire avant tout lancement d’un nouveau programme de ce type.

Enfin, Thierry Mandon est très sensible à la faible reconnaissance des compétences des docteurs dans la société. Il fait le constat que l’impact du CIR sur l’emploi de docteurs en entreprises est insuffisant et qu’il serait opportun de demander aux entreprises qui le perçoivent une contrepartie d’embauche de docteurs. Il considère que l’Éducation Nationale, au sein du même ministère, doit jouer un rôle pilote dans une reconnaissance et des recrutements de docteurs dans la fonction publique. L’organisation rapide d’une conférence sur les carrières scientifiques a été évoquée, qui impliquerait la diversité des acteurs institutionnels, associatifs et syndicaux, publics et privés, concernés.

La discussion se conclut par un chapitre sur les modalités d’application des lois Sauvadet et Le Pors. La CDIsation de personnels contractuels sur fonds propres des universités a été évoquée comme solution possible pour résorber une partie de la précarité et des exemples ont été donnés (par B. Monthubert pour le cas toulousain). Les organismes de recherche sont très en retrait sur la CDIsation. Le ministère n’a pas apporté de réponse à nos interrogations sur l’interprétation très variable et parfois paranoïaque qui est faite par les organismes de recherche du nombre d’années et du type de CDD à prendre en compte et a renvoyé à des problèmes “internes” ou “juridiques »  (ex. l’INRA compte les années de thèse alors que l’article 4 du titre 1 de la loi Sauvadet précise que « [les services] accomplis dans le cadre d’une formation doctorale n’entrent pas dans le calcul de l’ancienneté […] »).

Une partie des propos ci-dessus ont été confirmés publiquement par Thierry Mandon lors de l’Université d’été du PS[9]

Notre analyse

Nous saluons le changement de ton à la tête de l’ESR, et des prises de positions du secrétaire d’état que nous considérons encourageantes. Néanmoins, seule l’annonce rapide de mesures concrétisant ce nouvel état d’esprit pourra redonner confiance à une communauté académique en désarroi et qui a souvent eu le sentiment de ne pas être partie prenante des réformes qui lui étaient imposées.

Lors de cet entretien, le secrétaire d’état a principalement montré son désir de trouver des solutions à court terme, et à enveloppe budgétaire constante, à des problèmes urgents notamment en matière d’emploi scientifique contractuel précaire, incluant aussi bien les chercheurs/enseignants chercheurs que les personnels techniques et administratifs.

Si cette approche pragmatique est nécessaire, elle doit s’accompagner d’une réflexion sur l’évolution à moyen et long terme du financement et des modes d’organisation des universités et des laboratoires, qui tire les leçons des errances des dernières années. Le contenu de la Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur qui sera publiée à l’automne sera une première indication de la volonté de redonner une cohérence à un système exsangue. La capacité de M. Mandon à convaincre ses collègues au sein du gouvernement d’investir en 2016, même et surtout en période de crise, dans le futur de notre pays sera un test de son poids politique. Car l' »excellence », tant mise en avant par les politiques, a un prix: la productivité du système de recherche d’un pays, quel que soit son mode d’organisation, est parfaitement corrélée avec le niveau d’investissement public. La réduction du périmètre du très critiqué et partiellement inefficace Crédit d’Impôt Recherche, et l’utilisation du surplus budgétaire généré pour augmenter le budget de l’ESR nous apparait comme un moyen privilégié d’action.

En nommant Thierry Mandon à la tête de l’ESR, François Hollande et Manuel Valls ne pouvaient ignorer ses positions. Sa nomination peut être vue soit comme le début d’un changement de politique, soit comme une ultime tentative pour calmer le monde académique à l’approche des élections, en lui donnant un interlocuteur plus attentif mais avec une marge de manoeuvre qui reste très réduite.

Pour Sciences en Marche un investissement supplémentaire d’au moins 2 milliards d’euros annuels sur une période de 10 ans, dédié pour moitié à la mise en place d’un plan pluriannuel d’emploi statutaire et pour moitié à une augmentation des dotations d’état aux universités et organismes de recherche est nécessaire. A ce jour, il n’est toujours pas question d’un tel plan.

La discussion budgétaire de l’automne montrera si ce gouvernement socialiste préfère maintenir, via le CIR, une niche fiscale favorable à des grands groupes bénéficiaires, ou investir dans la formation des jeunes français et la capacité d’innovation des laboratoires publics. La communauté scientifique s’invitera dans cette discussion à travers les actions organisées par Sciences en Marche et ses partenaires cet automne.


[1] http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/07/sciences-en-march.html

[2] La délégation était composée de Olivier Berné (Chercheur CNRS, Toulouse), Philippe Gambette (Maitre de conférences, Univ. Paris Est), Lucile Greiveldinger (IR CDD INRA, Avignon), Patrick Lemaire (Chercheur CNRS, Montpellier), François Métivier (Professeur, Univ. Paris Diderot, Paris). Thierry Mandon était entouré de Anne Peyroche, conseillère recherche, Jean-Baptiste Prévost, conseiller social et vie étudiante, Pascale Laborier, chargée de mission SHS, COMUE et vie universitaire et Bertrand Monthubert, chargé de mission Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur.

[3] Par exemple, le taux de chômage des docteurs en France est trois fois supérieur à celui des autres pays de l’OCDE.

[4] Voir le Tumblr Ruines d’Universités (http://universiteenruines.tumblr.com/)

[5] Sélection : il y a du tirage à l’université, Libération, 15/07/2014

[6] Harvard University: 21260 étudiants, budget d’opération annuel 2014: 4,4 Md$

[7] CUNY: 269 000 étudiants

[8] Voir le rapport de SeM sur le CIR (http://sciencesenmarche.org/fr/blog/2015/04/08/rapport-de-sciences-en-marche-sur-lefficacite-du-cir/) et notre analyse du rejet du rapport sénatorial sur la réalité du détournement du crédit d’Impôt Recherche (http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/06/22/reforme-du-credit-d-impot-recherche-une-occasion-manquee_4659352_1650684.html#Ctl8Kq10Ec0TkpCG.99).

[9] AEF Dépêche n°505930 du 31/08/2015